Afin
de d’examiner les effets de la collection Vasarely,
nous devons faire allusion à l’historique et à la
politique de la Hongrie à cette époque. Dans les
années soixante et soixante-dix, la Hongrie appartenait
au camp soviétique qui interdisait les manifestations
de l’art abstrait et d’avant-garde, manifestations
de la culture dite «occidentale». Pour accepter le
don de Vasarely, l’autorisation du parti était requise.
Le fait que Vasarely était un peintre reconnu sur
le plan international, que ses travaux ne contenaient
pas de message politique et que les sympathies socialistes
du peintre étaient bien établies, fut utile. Parallèlement,
le «nouveau mécanisme économique», étape prudente
vers la société commerciale, venait de naître et,
par conséquent, «l’acceptation» du don pouvait être
interprétée comme geste positif dans ce contexte.
Cette acceptation amicale poussa Vasarely à établir
un musée pour ses travaux à Pécs, similaire à celui
de Gordes . Selon le souhait de l’artiste créateur,
la collection devait présenter les variations de
styles et de genres de l’ensemble de son oeuvre.
La collection de Pécs regroupe des oeuvres d’art
très importantes : tableaux, collages, globes , structures
multipliables et dessins à l’encre ainsi que de nombreux
exemples d’estampes. Sachant que Vasarely avait éprouvé le
besoin de montrer ses oeuvres dans sa ville natale,
on est en droit de présumer que sa sélection reposait
sur un profond jugement de valeur de sa part. En
ce sens, cette sélection est une véritable confession
de la part de Vasarely, son propre choix pour représenter
l’ensemble de son oeuvre.
Ceux
qui ont observé et fait l’expérience des oeuvres
de Vasarely s’accordent, presque sans exception,
pour souligner leur ordre géométrique, leur structure
interne, les solutions aux formules d’un ordre permuté.
L’inspiration, la découverte, la dynamique du regard,
l’espièglerie sont ensuite mentionnées. Du point
de vue artistique, les oeuvres les plus importantes
de sa vie sont les créations dans le genre Op-art
des années cinquante. Nées de la dynamique du regard,
ces oeuvres sont richement présentes dans la collection
de Pécs.
L’histoire
de la vie artistique de Vasarely fut décrite en
premier dans les études universitaires de l’Académie
d’art Poldini-Volkman en 1927, puis dans les études
du «Mühely» de Budapest, dirigé par Sándor Bortnyik.
Ce n’est pas par hasard, en effet, Bortnyik fut
la première personnalité connue de l’avant-garde
hongroise. Il avait été étudiant du Bauhaus à Weimar
et prophète de leur patrimoine spirituel. Les études
qu’il réalisa furent exécutées dans un ordre rationnel, étape
par étape. Le programme reprenait les enseignements
diffusés par Gropius, Van Doesburg, László Moholy-Nagy,
Mondrian et De Stilj. Ces artistes analysaient
les bases géométriques du constructivisme et la
théorie des quatre couleurs de base de Wilhem Ostwald.
Ils travaillaient en vue de réaliser l’art public
moderne, l’art de la collectivité, où l’artisan,
l’ingénieur et les activités de l’artiste étaient
en symbiose. Fort de ces antécédents pratiques
et théoriques, Vasarely se rend Paris en 1930,
même si les concepts du Bauhaus restent longtemps
cachés dans son art. De même, il reste distant
des mouvements artistiques parisiens des années
1930, par exemple celui de l’Abstraction-Création,
même si le mouvement regroupe des compatriotes
hongrois. Vasarely réalise des affiches pour des
agences de publicité, des pictogrammes et des publicités
pour des firmes médicales, activités qui lui permettent
de bien gagner sa vie. Il peint quelques tableaux,
compositions qui, au départ, sont des oeuvres surréalistes-symboliques
et de géométrie décorative.
Dans
les années 1940, son attitude artistique change
radicalement. Notre collection comporte deux oeuvres
datant de cette période, mais qui ne font pas partie
de cette exposition, Le Mannequin (1946) et BI
(1947), qui affichent des formes abstraites et
des modes compositionnels éloignés de la peinture
traditionnelle. Ces compositions riches en tons,
bâties sur des bleus et des bruns, prouvent que
les aspects graphiques d’origine sont remplacés
par les méthodes de travail d’un peintre, Cette
période abstraite lyrique reste toutefois très
courte dans sa vie créative.
Vasarely
dit alors lui-même faire «fausse route» et 1947
est pour lui une plaque tournante. Les formes ont
alors des bordures strictes peintes uniformément,
des plans stricts, homogènes supplantent l’effet
des tableaux qui étaient caractérisés par divers
degrés d’épaisseur de peinture. Cette période est également
motivée par le désir de trouver un langage et un
caractère créatif particuliers. Il consigne ses
plans et observations dans diverses ébauches qu’il
ne réalise qu’ultérieurement (c’est la raison pour
laquelle certaines oeuvres ont deux dates). Dans
sa recherche, il observe les formes de la nature,
comme l’arrondi des galets battus par les vagues
de Belle-Isle, Indore (1952), Brume2 (1952),
Yapourk-2 (1951-56), tout autant que les éléments
des environnements construits, comme les contours
de «cristal» de Paros-J (1949-54) et les craquelages
des parois carrelées de la station de métro Denfert-Rochereau, à Paris
(Harpis, 1950). Il étudie l’art optique-psychologique
de Joël Albers et il est fortement influencé par
la psychologie du Gestalt qui, à la fin du XIXe
siècle, analysait les relations spécifiques entre
la vue et la conscience.
La
même ouverture : en regardant de l’extérieur, semble être
un cube noir inscrutable sans corps. La ville du
Sud de la France, qui baigne dans un cruel Soleil
révéla une perspective contrastée pour moi. L’oeil
ne peut pas distinguer exactement l’ombre du mur
: les plans, les espaces vides se confondent, la
forme et le fond alternent. Un triangle se dissout
dans un losange à gauche, en un trapézoïde à droite,
un carré surgit ou glisse vers le bas, selon que
je l’associe à un carré vert foncé ou au ciel bleu
clair. Les chose concrètes devient des abstractions
qui donnent naissance à ne nouvelle vie, écrit
Vasarely en 1948.
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